La Silicon Valley vue de l’intérieur par un jeune passionné

[English version here – Post à rédigé à l’origine pour Business Angel France]

C’est là que ça se passe »,  « Il n’y a pas de meilleur endroit pour monter sa start-up », « Tout le monde devrait y aller au moins une fois ». Voilà ce que j’ai pu régulièrement entendre de part et d’autre à Paris à propos de la Silicon Valley. J’ai voulu aller voir cela de moi-même pendant mon année de césure et je n’ai pas été déçu, même si certaines nuances méritent d’être apportées !

Silicon Valley stage

Passionné d’entrepreneuriat, cela faisait un petit moment que je songeais à m’installer à San Francisco pour découvrir cet écosystème, centre mondial de l’innovation technologique. Quoi de mieux pour ce faire qu’une année de stage dans une start-up à San Francisco ? Cela fait maintenant plus de deux mois que je travaille chez NextUser et vis à SoMa, quartier de la ville où l’on retrouve notamment les HQ de Twitter, Zynga ou Airbnb à quelques blocs les uns des autres. Cette concentration impressionnante est symptomatique de la Silicon Valley : concentration de talents, concentration de ressources leur permettant de se déployer, et donc naturellement concentration d’opportunités entrepreneuriales.

Des startupers partout, tout le temps

Chaque moment de la journée est en effet une occasion de rencontrer d’autres startupers passionnés. Le matin au Starbucks du coin où pas moins de la moitié des tables sont prises d’assaut par des freelancers tapotant sur leur MacBook ; durant la journée dans un des multiples espaces de coworking de la ville, plus tard à des meetups (il y en a plusieurs par jour sur des thématiques différentes, j’y ai d’ailleurs lancé le mien avec un ami) ou le soir dans les hacker houses où nombreux sont ceux qui travaillent pour les mastodontes du web tels que Google ou Facebook … Même à la maison, mes colocataires sont employés chez Craigslist, Airbnb ou dans la biotechnologie !

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The Creamery, un des spots préférés des start-upers à San Francisco

Travailler dans la tech est presque devenu la norme à San Francisco. Et le mieux au sein cette communauté d’entrepreneurs, c’est l’ouverture à la rencontre (d’aucuns diront l’importance du réseau) qui nous permet d’entrer facilement en contact avec des personnes qui auraient été inaccessibles depuis la France. Je suis par exemple tombé au cours d’une soirée sur un ingénieur français travaillant au sein de l’équipe du fascinant Project Loon de Google ; une amie a pris un café avec le fondateur de la Pebble Watch (1ère montre connectée) sans même savoir de qui il s’agissait ; et l’on croise régulièrement quelques stars de la tech qui se retrouvent dans une poignée de restaurants  à San Francisco ou Palo Alto. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est possible de prendre un café avec Zuckerberg, mais les personnes ici sont en général ouvertes à l’idée d’une rencontre pour discuter de ses projets mutuels, sans qu’une introduction au préalable ne soit nécessaire.

Une concurrence sans merci mais source d’émulation

Les meilleurs du monde sont ici, et on se les arrache. C’est le côté à la fois excitant et risqué de la Silicon Valley : la compétition y est extrême. La « guerre des talents » en est la manifestation la plus claire. Ici, les développeurs valent de l’or, et tout est bon pour les faire venir puis les conserver : du salaire aux « perks » (les « privilèges »), cela atteint des sommets. Un ami en stage d’été chez Twitter, je dis bien en stage d’été, recevait 7500$ par mois et travaillait au siège au centre de San Francisco où l’on trouve entre autres une salle de jeu, de la nourriture à volonté et une cantine en rooftop. Le « acqui-hiring » consistant à racheter une start-up afin de récupérer ses employés est un autre phénomène prouvant la valeur donnée ici aux ressources humaines. Leur âge n’a d’ailleurs pas tant d’importance, ce qui compte avant tout ce sont les compétences et la motivation – avoir plus de 35 ans peut même parfois être un handicap si l’on veut être sélectionné dans les accélérateurs locaux les plus prestigieux comme le Y Combinator. Face à cette guerre des talents, certaines start-ups françaises préfèrent avoir leur équipe technique en France ou même embaucher des développeurs sous contrat travaillant à distance grâce à des outils comme oDesk, ce qui diminue nettement les coûts et limite le risque de départ impromptu d’un élément de son équipe.

Evidemment, la concurrence se ressent au niveau des projets également. Prenons les hackathons auxquels j’ai participé (il y en quasiment tous les weekends) : rares étaient les équipes qui n’avaient pas été formées à l’avance, avec des idées mûrement réfléchies et un matériel impressionnant afin de délivrer le meilleur projet possible au bout des 48h – que dites-vous par exemple d’un drône contrôlé par le mouvement de la tête portant des Google Glass ? Bref, difficile de nier après ce genre d’expérience que la Silicon Valley a plusieurs coups d’avance sur la France sur certains domaines… L’émulation créée par la concurrence entre les génies de cet écosystème y est évidemment pour quelque chose.

Techcrunch hackathon stage silicon Valley

Gigantesque hackathon précédant le TechCrunch Disrupt 2013

Un passage obligé

En définitive, la Silicon Valley déborde d’une incroyable énergie lui donnant une force d’innovation technologique difficile à retrouver ailleurs. Cela en fait donc un écosystème extrêmement enrichissant en inspiration et en rencontres. Définitivement, il faut venir ici aux moins quelques semaines pour puiser dans cette dynamique lorsque l’on souhaite monter sa start-up. Faut-il la lancer ici ? La réponse est moins évidente. Pourquoi pas si l’on est prêt à se battre aux côtés des champions du monde, au sein de cet environnement à la fois bénéfique et hostile où les employés sont talentueux mais chers et peu loyaux et où les VC sont souvent généreux mais aussi très puissants. Certains ont trouvé la solution dans la mobilité, comme Criteo qui, fondée en 2005 à Paris puis partie s’installer en 2008 à Palo Alto pour le marché américain, a choisi de rapatrier son siège aux sources françaises l’année dernière.

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